Printemps arabe... suivi d'un hiver bien rigoureux
[Note de l'éditeur: Cet article a été écrit par Alison Craiglow Hockenberry et a été publié dans le Huffington Post.]
Alors que le monde se demande si 2011 est l'année de la révolution Twitter et des émeutes Facebook, il existe une question bien plus intéressante : qu'est-ce qui n'a pas lieu sur les plus gros réseaux sociaux de la planète ?
Beaucoup de choses.
Environ deux milliards de personnes ont été touchées par la révolution Internet. Elles ont établi des relations, partagé des informations et entrepris des actions profondes et véritablement révolutionnaires. Facebook et Twitter, s'ils possèdent le pouvoir d'accélérer l'avènement d'une nouvelle ère d'ouverture, ne sont malgré tout pas suffisants.
Tandis que nous nous réjouissons du fait que deux milliards de personnes bénéficient désormais d'un accès à Internet leur permettant de s'exprimer, cinq milliards attendent toujours de se faire entendre.
En Afrique subsaharienne, par exemple, certains pays sont gouvernés par des régimes aussi répressifs que ceux du Moyen Orient dont on entend parler quotidiennement, et dans lesquels le taux de pénétration d'Internet s'élève seulement à un pour cent.
Ce triste score s'explique par de nombreux facteurs, comme le manque de câblages et d'infrastructures électriques, le coût prohibitif des services, la barrière de la langue et le taux d'analphabétisme. Les téléphones mobiles, plus facilement disponibles dans cette région, permettent un certain accès aux informations. Cependant, il est difficile de partager ses opinions et d'interagir sur les médias sociaux sans smart-phone et dans les localités où les langues ne sont pas numérisées.
Il existe un autre groupe mondial dont la capacité d'expression est trop faible : les femmes. Dans la plupart des pays où les connexions domestiques sont trop chères, les communications se font dans des cybercafés. Ainsi, dans les régions où les femmes ne sont pas autorisées à se rendre dans ces lieux publics, où lorsqu'elles ne s'y sentent pas à l'aise, les hommes sont les principaux auteurs des blogs. La situation est largement déséquilibrée.
"Si nous voulons un monde plus juste et représentatif, si nous voulons un monde où plus de personnes pourraient s'exprimer et avec davantage d'égalité, alors qu’on le constuise, a déclaré Ethan Zuckerman, récemment nommé directeur du Center for Civic Media du Massachusetts Institute of Technologie (MIT). Reste à savoir comment faire pour que nos technologies fassent ce que nous leur demandons de faire."
Il existe déjà quelques éléments de réponse à cette question. Partout dans le monde, des technologies mobiles, des applications pour smartphones, des sites de partage d'images, des logiciels de reconnaissance vocale, des plateformes de partage d'informations et de nombreuses autres innovations répondent aux besoins spécifiques de certaines populations et abattent les obstacles qui restreignent le flux d’informations.
En Afghanistan, par exemple, le FabLab basé à Jalalabad développe de A à Z des solutions technologiques conçues localement et visant à relever les défis spécifiques auxquels doit faire face le pays en matière de communications. Un des objectifs de l'organisation est de permettre la circulation des informations sur tout le territoire afghan malgré des infrastructures insuffisantes et une situation politique et sécuritaire instable. FabLab est une initiative du MIT dont il existe plusieurs exemples à travers le monde.
Mizzima News Agency forme des auteurs birmans passionnés, citoyens de cette démocratie naissante, pour leur apprendre à transformer leurs pulsions journalistiques en récits agréables et bien ficelés. Mizzima reconnaît que dans ce pays, longtemps contrôlé par la censure, il est nécessaire de développer un journalisme impartial et factuel, ayant la capacité de susciter un engagement citoyen et de demander des comptes au gouvernement. Les médias citoyens ne peuvent en effet pas être les seules sources de contrôle et d'équilibre.
FreedomBox a pour but de lutter contre les risques qui menacent la vie privée de ceux qui communiquent sur les grands réseaux sociaux, facilement exploitables. Pour cela, l'organisation propose des appareils simples, à faible consommation, qui permettent aux utilisateurs d'exercer directement le contrôle de leur vie privée. "Nous avons intégré la protection de la vie privé dans un serveur personnel et abordable, afin de permettre à tous d'assurer la sécurité de leurs données personnelles, a expliqué James Vasile, avocat FreedomBox. Les données restent chez vous, et ne peuvent être exploitées ni par les gouvernements, ni par les milliardaires, ni par les escrocs, ni même par des voisins curieux."
Ces solutions, qui visent à résoudre des problèmes liés aux infrastructures, à l'attrait des contenus ou encore à la protection de la vie privée, ne sont que quelques exemples de ce qui peut être fait pour accroître et améliorer la liberté d'expression dans le monde.
Retrouvez Mizzima, FreedomBox, et bien d'autres projets remarquables parmi les propositions de Médias citoyens, un défi en ligne parrainé par Google en partenariat avec Ashoka Changemaker. Ce concours mondial recherche des innovations visant à catalyser une "réelle information citoyenne... pour exploiter librement et pleinement les informations afin d'améliorer nos propres conditions de vie, mais aussi la société."
Non content de proposer des outils pour accroître l'accès aux informations et améliorer la liberté d'expression, le défi Médias citoyens cherche également à répondre à certaines questions pour construire un monde plus ouvert: comment distinguer les sources fiables ? Comment faire pour rendre une histoire intéressante? Comment partager ses idées de façon efficace? Comment permettre une meilleure exposition aux différentes opinions existantes? Et enfin, comment s'y retrouver parmi ce flux d'informations grandissant?
"La liberté d'expression est une valeur universelle », a affirmé Jillian York, directrice de l'International Freedom of Expression au sein de l'organisatid Electronic Frontier Foundation. Une valeur universelle qui est loin d'être appliquée universellement. Vous pouvez aider à changer les choses. Si vous possédez ou connaissez un projet visant à construire une citoyenneté mondiale plus engagée via un accès aux médias accru, inscrivez-vous ! Vous avez jusqu'au 14 septembre pour soumettre votre solution et, peut-être, pour gagner un prix de 5 000 dollars et devenir un membre d'Ashoka, et faire ainsi partie du plus grand réseau d'entrepreneurs sociaux au monde.
