Il était une fois, une adolescente métisse un peu déroutée qui n'avait pas envie de se perdre. Elle chercha à tout prix une lumière pour éclairer la route un peu sombre qui se trouvait devant elle. Un jour, alors que tout devenait de plus en plus terne et sombre, elle trouva une couleur sur son chemin. Cette couleur était belle et vive, mais la jeune fille ne savait quoi en faire. Elle tenta de l'utiliser pour faire renaître tout ce qui semblait triste autour d'elle. Mais rien ne se passa. Malgré ses efforts pour colorer le décor, rien ne changea. C'est alors qu'elle eut l'idée d'appliquer la couleur sur elle-même. À ce moment, elle vécut un sentiment de renaissance. Elle réalisa que la couleur n'avait pas changé ce qu'elle voyait, mais la vision de ce qu'il y avait en elle. Cette petite moi venait de découvrir un monde où la lumière existe quand on la créer. Un monde où il est possible d'éclairer soi-même sa vie et d'en exprimer la beauté : le monde de l'art. Maintenant ce monde, je veux le partager.
Faire une différence.
L'art m'a sauvée, et l'art m'a fait grandir. C'est l'art qui m'a donné un but à atteindre dans la vie; celui de toujours apprendre sur moi-même et sur ce qui m'entoure. Ce qui m'entoure, c'est une source d'inspiration et l'essence de ce qui m'anime quand je créer. Et quand on atteint le bout de soi-même, on apprend encore davantage en se cherchant à travers les autres. Dans le partage et le dialogue, on peut donner naissance aux pensées qui nous habitent. En écrivant, en dessinant, en chantant, en dansant, en jouant d'un instrument, on extériose ce que nous sommes, et on créer. On construit sa trace dans une vie qui est la nôtre. On prend possession de nous même, on se trouve enfin, et on grandit. Je l'ai vécu, et je crois sincèrement que nos jeunes peuvent aussi le vivre. Je crois déjà beaucoup en eux, et je sais qu'à leurs tours, ils auront besoin de trouver la lumière pour éclairer leur chemin; non seulement trouver une lumière, mais trouver la leur. J'ai espoir que l'art peut faire cette différence dans leur vie et leurs aspirations futures. Et même si ça ne fonctionnait que pour une seule personne, ce serait déjà une grande victoire. Déjà trois projets sont nés de cette intention de partager l'expérience artistique. En 2009, le Projet identité avec un groupe de sixième année à l'école primaire Seskitin de Wemotaci, a permis aux jeunes de se questionner sur la question identitaire, et d'expérimenter l'affirmation de leurs idées dans des dialogues et des projets artistiques. La même année, suite à un appel de projets d'artistes sous le thème de laisser sa trace, l'organisme Oxy-jeunes a soutenu mon idée d'aller rencontrer un groupe d'adolescents de Wemotaci, pour bâtir avec eux une exposition artistique selon ce qui les passionnait. Ces deux projets ont été bénéfiques pour les jeunes, mais surtout pour moi-même qui en fait maintenant mon domaine d'étude : la Maîtrise en art avec la communauté. J'ai été inspirée par leur envie d'apprendre et de s'exprimer, et j'en fais maintenant ma mission de vie. J'ai pu constater que le contact direct avec les jeunes, par la médiation de l'art, me permettait de faire une différence. Ce projet de vie existe grâce à eux, et ne peut exister sans eux. Mon dernier projet réalisé en 2011 (Miro'art), réalisé grâce au soutient du Centre d'Amitié Autochtone de La Tuque, m'a permis d'accompagner un groupe de jeunes âgés entre 12 et 24 ans avec qui j'ai partagé trois semaines d'ateliers et de dialogues. Cette expérience m'a confirmé que la rencontre avec l'autre, dans une perspective de collaboration et de partage, peut faire de vrais changements. Mais pour mener à terme de tels projets, il faut croire en soi-même et en ses capacités. Aujourd'hui, je suis prête à poursuivre ma quête artistique ''pour'', mais surtout, ''avec'' ma communauté. De ces projets pourront naître de belles et grandes rencontres, qui pourront peut-être, changer le monde.