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Peindre un ciel dans la douleur

Personne ne veut être dans une salle de chimiothérapie. D’abord parce que personne ne veut avoir le cancer, ensuite parce que personne ne veut être couchée dans un lit blanc, les yeux fixé à un plafond également décoloré avec l'ordre de se tenir immobile. La tension ambiante ne fait rien de plus que de fixer les pensées de la personne sur une seule et unique chose: sa maladie.

Cette scène se répétait partout autour du monde jusqu'à ce qu'en 2006 la découverte de Vicky Viel Temperley vienne révolutionner la salle de gynécologie oncologique de l'Hôpital de Clinicas de Buenos Aires. "Personne n'avait jamais pensé que l’on puisse peindre des tableaux d’une main tandis que la médication passe par l'autre", nous raconte ce professeur de gymnastique expert en psicoprofilaxis de l'accouchement qui a laissé abasourdi des médecins de toutes spécialités.

C’est ainsi qu’a commencé « Où Je Veux Être », le programme qui, à travers de concours de peinture, a rempli de couleurs et de musique une habitation triste, a sorti les patients de leur position horizontale et éveillé en eux le désir de revenir pour peindre et ainsi les aider à compléter le traitement.

Mais il ne faut pas confondre. Le nom du programme, qui a spontanément surgi de la bouche d'une patiente, n'implique pas que cet espace désiré soit un hôpital. Il s'agit en fait de tout le contraire. "Chacun doit voyager sur le bois qu’il peint comme s’il s’agissait d’une fenêtre permettant de sortir de Clinicas et d’aller où il veut être réellement", s’émeut Vicky.

Aujourd'hui les femmes récupérées se dénomme elles mêmes des "diplômées" et reviennent à la salle pour continuer de partager des moments de peinture, de travail corporel, des classes d’auto maquillage, de photos et de bavardages. "Toutes rient, s’entre aident et arrive même à se disputer pour les couleurs. Là où avant on ne parlait que de douleurs, désormais les sujets sont « Mon vert a coulé », « j’ai renversé mon eau » ou « je ne sais pas quoi peindre ».

Une place sur le web

« Où Je Veux Être » a récemment participé à la Première Journée dédiée à l'utilisation de l'art dans l'humanisation des traitements oncologiques, auprès du Dr. José Schavelzon, les Médecins clowns et le projet Parcours 33, avec lequel Vicky s'est mise en rapport à travers de la plate-forme virtuelle de Changemakers. Durant le défi « En Réinventant une vie plus salutaire », d'Ashoka et de la Fondation Robert Wood Johnson (RWJF), Vicky a fait ce que sait le mieux faire: elle s'est joint à un espace inconnu, a pris l'initiative et a transmis son énergie à ceux qui l'entouraient. Elle a pris connaissance de toutes les inscriptions en espagnol et a crée des liens très forts avec les responsables des projets qui lui paraissaient complémentaires.

C’est ainsi qu’elle a connu les gens de Parcours 33 (Recorrido 33), et ceux de « Kiosque Salutaire » (Kiosco Saludable) – qui vont monter un stand avec de l'information sur la nutrition dans un vestibule de l'Hôpital de Clinicas - et les responsables de FUCA  avec qui elle prévoit de lancer une campagne de sensibilisation et de prévention du cancer gynécologique. « Celle qui a activé le contact c’est Vicky » - raconte t’elle à la troisième personne, s’interdisant toute flatterie - j'ai assumé ce défi comme s’il s’agissait de la maison de « Gran Hermano », et je me suis amusé à échanger des expériences pour que les autres sachent ce que je fais".

Où elle veut être

Depuis la présentation du projet sur Changemakers, les commandes pour le répliquer dans d'autres parties de l'Argentine et en Amérique Latine se sont multipliées. Vicky a reçu des propositions de l'Hôpital Italiano, de l’Hôpital  Militaire, de l’Hôpital Austral, tous trois en Argentine, de la Maison de Ronald Mc Donald's, mais le manque de temps ne lui permet pas de s'occuper de chaque réplique: "Comment puis-je faire pour préparer une journée additionnelle si je n’arrête déjà pas, entre mon mari, mes six enfants, ma maison et mes autres emplois ?".

Elle nous assure qu’elle s’émeut de voir l'intérêt qu’engendre son initiative, mais elle reconnaît qu'elle a besoin d’aide extras : « Je voudrais une personne qui m'aide à m'organiser, et j'espère que le contact avec Ashoka servira aussi à cela – nous dit elle. Parce que quand je pense où je veux être, je sais que c’est à l’Hôpital Clinicas, pour y améliorer la qualité de vie quotidienne des patients »

Vicky sait ce que c’est que de passer du temps dans des hôpitaux : l'un de ses sept enfants est décédé d'un cancer après de longs mois de lutte durant lesquels elle est restée à ses côtés.  Et il est bien certain que personne ne désire être dans une salle de chimiotérapie. A moins que ça ne soit, comme elle le dit si bien, pour aider à s’échapper par la fenêtre et construire « un ciel dans la douleur ».