Ce que le métier d’astronaute m’a appris sur le mode de vie sain

Ce que le métier d’astronaute m’a appris sur le mode de vie sain

Portrait de Marzena Zukowska

 

« La pratique régulière de l’exercice physique m’a bien préparé aux exigences de la vie d’astronaute, et elle préparera les explorateurs du futur aux défis qu’ils devront relever », affirme Robert Thirsk, ancien astronaute de l’Agence spatiale canadienne et actuel directeur du conseil d’administration des Partenaires philanthropes LIFT.

M. Thirsk est formel : À mesure que le Canada repoussera les nouvelles frontières de l’exploration dans les domaines de la science, de la médecine, de l’ingénierie et des arts, les jeunes explorateurs devront posséder non seulement de solides facultés mentales, mais aussi les capacités physiques nécessaires pour travailler dans des environnements exigeants et faire des découvertes très attendues. Un mode de vie sain et actif constitue la clé du succès dans d’autres disciplines.

Dans une entrevue accordée à Ashoka Changemakers, Robert Thirsk évoque les exigences physiques du vol spatial et explique pourquoi tous les Canadiens — et non seulement les astronautes — devraient s’efforcer d’avoir un mode de vie actif pour profiter au mieux de la vie.

 

Nous sommes nombreux à rêver d’expéditions dans l’espace, mais seule une poignée d’élus auront la chance d’y aller. Abstraction faite de l’image véhiculée par les films de science-fiction, à quoi ressemble vraiment l’environnement dans l’espace?

Robert Thirsk : En 1996, j’ai participé à une mission scientifique de dix-sept jours à bord de la navette spatiale Columbia. Puis, en 2009, j’ai été l’un des six membres de l’équipage international d’une expédition de six mois à bord de la Station spatiale internationale.

Même si l’espace est un endroit incroyable pour effectuer des recherches particulières, il n’est vraiment pas facile d’y vivre! L’espace est étranger à l’homme. L’environnement du vol spatial se caractérise par des vitesses et des altitudes élevées, des températures extrêmes, le vide, le rayonnement ionisant ainsi que les débris orbitaux qui menacent de pulvériser les astronefs. On dirait que tout dans l’espace essaie de nous tuer!

 

Comment les êtres humains surmontent-ils l’hostilité de l’espace?

Robert Thirsk : Bien que la conception des astronefs et des combinaisons spatiales protège les astronautes contre la plupart des aspects nocifs du vol spatial, c’est l’apesanteur qui est en grande partie responsable des problèmes médicaux guettant les astronautes. Par exemple, à cause de l’apesanteur, nos os perdent leur calcium, nos muscles s’atrophient et perdent de leur force, et notre cœur faiblit. Plus nous restons longtemps dans l’espace, plus ces effets sont graves.

  

Les chercheurs spatiaux ont étudié ces effets et réussi à mettre au point diverses contre‐mesures (c’est-à-dire des mesures de prévention et des traitements). L’exercice physique est la plus importante de ces contre-mesures pour nous, car les effets physiologiques du vol spatial reproduisent les effets que l’inactivité fait subir à notre organisme sur Terre. Si nous ne l’entretenons pas quotidiennement par des exercices vigoureux, notre corps se détériore — dans l’espace comme sur Terre. Ainsi, le fait de rester assis plusieurs heures par jour dans un fauteuil de bureau ou avachi dans un canapé provoque le même type d’altérations du cœur, des muscles et des os. C’est pourquoi les astronautes font au moins deux heures d’exercice par jour.

 

Comment l’exercice est-il adapté pour correspondre aux besoins des humains dans l’espace?

Robert Thirsk : Notre temps d’exercice est consacré à parts égales à l’endurance cardiopulmonaire et à la musculation. L’équipement sportif à bord de la Station spatiale internationale comprend notamment un vélo d’exercice (même si la selle ne sert à rien en apesanteur!) et un tapis roulant (qui porte le nom de l’humoriste américain Stephen Colbert). Mon appareil préféré est l’exerciseur ARED (appareil d’exercices résistifs avancés), qui fournit à nos muscles un entraînement semblable à une séance de poids et haltères sur Terre.

Les entraîneurs personnels au sol surveillent nos progrès et modifient en permanence nos protocoles d’exercice. Le programme a pour objectifs de réduire le plus possible la détérioration de notre organisme, de s’assurer que nous sommes en état d’effectuer des tâches éreintantes en orbite — comme les sorties dans l’espace — et de nous préparer physiquement à réintégrer le champ gravitationnel de la Terre à la fin de notre mission.

 

Que vous a appris le métier d’astronaute sur l’importance d’adopter un mode de vie sain ici, sur Terre? Autrement dit, si nous ne sommes pas tous astronautes, pourquoi devrions-nous nous soucier de l’exercice physique?

Robert Thirsk : Tout au long de ma carrière, j’ai suivi un programme d’exercice afin d’assurer ma sécurité et de maintenir ma productivité lors de séjours dans l’espace. De retour sur Terre, je passe maintenant deux heures à la salle de sport, et ce, plusieurs fois par semaine. Mon programme d’exercice vise à me permettre de rester en bonne santé et de mener une vie active.

Un programme d’exercice personnalisé m’aide à profiter à fond de la vie. Ce mode de vie sain me procure un avantage dans mon travail, dans le sport et dans la vie sociale. Si je suis en pleine forme et en bonne santé, je me sens plus vif d’esprit et au mieux de ma condition physique.

Aujourd’hui, les maladies chroniques qui sont associées à l’inactivité (diabète, accident vasculaire cérébral et cardiopathie) touchent des millions de personnes et grèvent les ressources de notre système de soins de santé. Elles constituent un problème de santé publique important au Canada.

Je suis intimement persuadé que la participation des Canadiens à des programmes d’exercice leur permettra de profiter davantage de la vie et d’atteindre des résultats tangibles. De plus, cela contribuera à prévenir les maladies chroniques. En voilà, un investissement rentable!

 

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