Le pouvoir de guérison des paysages naturels du Canada

Le pouvoir de guérison des paysages naturels du Canada

Portrait de Marzena Zukowska

 

« Notre mission est d’aider les femmes les plus marginalisées et les plus mal desservies de notre société à bénéficier du pouvoir de guérison que possède la nature », a déclaré Jaime Adams, fondatrice de l’organisme Forest and the Femme, l’un des lauréats dans la catégorie des candidatures anticipées du défi Jeu d’échange.

De façon générale, l’inactivité physique et la mauvaise alimentation menacent la santé des Canadiens, car ces facteurs favorisent le développement de graves maladies chroniques comme le diabète de type II, l’hypertension et certains types de cancer. Les risques sont encore plus grands pour les personnes qui vivent dans la pauvreté.

Selon Jaime Adams, l’accès à la nature et à des activités en plein air devrait faire partie des droits fondamentaux de la personne. Mais comment l’équipe de Forest and the Femme réussit-elle à faire de cette vision une réalité dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver? Jaime Adams nous dresse ci-après un portrait de son organisme.

 

Changemakers : Y a-t-il un événement particulier dans votre vie qui pourrait expliquer votre passion pour la nature?

Jaime Adams : J’ai toujours eu des problèmes d’anxiété. La peur limitait mes horizons et m’empêchait de me comprendre et de profiter pleinement de la vie.

Mon déménagement dans un milieu urbain, à l’adolescence, n’a fait qu’exacerber le problème. J’avais vécu auparavant dans de petites villes, où je passais tout mon temps à l’extérieur, et cet élément important dans ma vie me manquait cruellement.

Lorsque j’ai recommencé à faire des activités en plein air, ma vie a changé du tout au tout. Mon système sensoriel a retrouvé son équilibre, et j’ai appris à mieux gérer le stress, à avoir confiance en moi et à renforcer mes capacités. J’ai alors pris conscience du grand privilège qui m’était donné de pouvoir ainsi profiter de la nature, et j’ai su que je devais partager ce privilège avec les femmes qui ne pourraient jamais y arriver seules.

 

Changemakers : Comment peut-on expliquer ces bienfaits spectaculaires de la nature et du plein air?

Jaime Adams : La nature a un profond pouvoir de revitalisation, car elle permet de voir la vie sous un jour meilleur. La nature a un pouvoir réparateur, car elle aide à cicatriser les plaies et a un effet relaxant, à la fois sur le corps et le cerveau. De plus, la nature est gratuite et abondante. L’activité physique pratiquée en plein air est agréable, car elle s’apparente à un jeu.

Les aliments ont également meilleur goût sous le soleil ou à la belle étoile, et nous veillons à offrir une saine alimentation à nos participantes. Les liens sociaux s’établissent facilement et naturellement lorsqu’on marche en plein air ou lorsqu’on se retrouve devant un paysage magnifique. De telles choses sont très importantes pour notre bien-être, et tous devraient pouvoir en faire l’expérience, en particulier les groupes les plus vulnérables et les plus marginalisés.

 

Changemakers : Nous sommes de plus en plus sollicités par les technologies et les médias qui détournent notre attention de la nature qui nous entoure. Les gens sont-ils ouverts à votre message?

Jaime Adams : Les bienfaits pour la santé de l’activité physique pratiquée en plein air sont de plus en plus appréciés. Il s’agit maintenant que les systèmes de santé publique reconnaissent et appuient les efforts en ce sens. Les récits relatant des expériences de ce genre se multiplient dans les médias sociaux.

Des études comme « Ecotherapy: The Green Agenda for Mental Health », publiées par l’organisme Mind, ont établi de robustes corrélations positives entre le contact avec la nature et la santé mentale, et elles sont en voie de changer notre perception du bien-être. De fait, cette étude a observé une amélioration de la santé mentale chez 94 % des personnes ayant pratiqué des activités physiques en plein air.

 

Changemakers : Imaginez un instant que vous vous promenez sur la rue et que vous tombez par hasard sur le type de personne que vous cherchez à aider par votre programme. Pourriez-vous me décrire ce type de personne?

Jaime Adams : Vous ne sauriez si bien dire, car c’est justement ce que nous faisons! Nous offrons un programme d’intervention communautaire, ce qui signifie que nous allons à la rencontre des femmes là où elles résident, habituellement dans une maison de chambre, dans une maison de transition ou un refuge pour sans-abri, au domicile de leur compagnon ou encore dans une clinique de soins de santé ou un centre de jour.

Nous avons mis sur pied ce programme en cherchant à le rendre aussi peu contraignant que possible, car nous savons que, pour atteindre notre population cible — les femmes marginalisées confrontées à de nombreux obstacles —, nous devons aller « là où elles se trouvent ». Ces femmes n’ont probablement pas mangé un bon repas depuis un certain temps. Il y a sans doute longtemps qu’elles n’ont pas quitté le quartier Downtown Eastside (un coin défavorisé du centre-ville de Vancouver), et elles n’ont aucune idée de ce que le grand air pourrait leur apporter.

 

Changemakers : Qu’y a-t-il de particulier au sujet de la population que vous desservez, de ses besoins en matière de mieux-être, de son histoire et de sa culture, et comment cela a-t-il influencé le développement de votre organisme et l’approche qu’il préconise?

Jaime Adams : Voilà une question très vaste à laquelle il est difficile de répondre sommairement. Le quartier Downtown Eastside est un lieu complexe où espoir, esprit de communauté, douleur et chagrin cohabitent.

Ce quartier compte un grand nombre de femmes magnifiques qui ont échoué là pour diverses raisons. De nombreux facteurs peuvent mener à la toxicomanie, notamment les traumatismes, les problèmes de santé mentale, le milieu de vie et la génétique.

La majorité de nos participantes sont autochtones. Les Autochtones sont fortement surreprésentés dans le quartier Downtown Eastside, et cela est dû au traitement qui leur est réservé depuis l’arrivée des premiers colons.

Un grand nombre de femmes qui vivent dans ce quartier ont des déficiences développementales, le plus souvent liées à l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale, mais elles reçoivent très peu de soutien des systèmes sociaux en place. Ce sont ces femmes qui nous ont incités à créer Forest and the Femme.

 

Changemakers: Pouvez-vous nous donner l’exemple précis d’une femme ayant profité de votre programme?

Jaime Adams : Les femmes qui vivent avec un traumatisme intérieur ont souvent de nombreuses craintes, et c’est ce qui les protège. Ces femmes ont vécu dans la rue et ont surmonté des épreuves que ni vous ni moi ne pourrions imaginer : foyers d’accueil, pensionnats, pauvreté, racisme et violence.

Le fait d’avoir une déficience développementale rend la vie en société encore plus difficile, et ces femmes ont dû emprunter les chemins les plus durs. Un jour, une femme est arrivée chez nous : elle voulait participer aux activités, mais avait peur de tout — de l’eau, des animaux, des hauteurs, des bateaux. Même le fait d’être en forêt la terrifiait, car elle n’y était jamais allée auparavant.

Deux ans plus tard, cette femme était devenue notre exploratrice la plus intrépide. Aujourd’hui, elle participe à toute activité que nous proposons. Elle est devenue l’une de nos coordonnatrices communautaires et constitue maintenant un modèle et un mentor pour les nouvelles participantes. Quel privilège d’être le témoin d’un tel épanouissement!

 

Changemakers : Comment comptez-vous utiliser le prix qui vous sera remis à titre de lauréat dans la catégorie des candidatures anticipées? Quel impact cela aura-t-il?

Jaime Adams : Nous allons utiliser cette somme pour nous assurer d’offrir des aliments sains, nutritifs et délicieux durant les excursions. L’alimentation est un volet important du programme Forest and the Femme. Les participantes vivent dans une extrême pauvreté et ont rarement accès à une saine alimentation.

La nutrition est un volet important de notre programme, et le fait de pouvoir offrir une variété d’aliments délicieux nous offre la possibilité de parler avec les femmes de santé et de nutrition et de l’importance de prendre soin de son corps. Bon nombre de nos participantes vivent avec le VIH, et il est très important, pour leur système immunitaire, que ces femmes aient accès à des aliments sains et riches en protéines.

Et, à vrai dire, quel meilleur sujet que l’alimentation pour amener les femmes à échanger? Surtout en consommant des aliments cuits sur un feu de camp!

 

Note de la rédaction : C’est avec grand plaisir que Jeu d’échange annonce les trois lauréats dans la catégorie des candidatures anticipées! Pour en apprendre davantage sur les solutions novatrices proposées par COMPASS, Trottibus et Femme and the Forest et pour savoir comment participer, visitez dès maintenant le site www.jeudechange.ca!

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