Tiviski and camel milk diary in Africa

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Tiviski and camel milk diary in Africa

Mauritania
Organization type: 
hybrid
Project Stage:
Established
Budget: 
$1 million - $5 million
Project Summary
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Tiviski en Mauritanie

Par: Mamadou Gaye

Fondée en Mauritanie en 1987 par Nancy Abeiderrahmane, Tiviski est la première entreprise africaine de produits à base de lait de chamelle. Elle fabrique aussi des produits à base de lait de vache et de chèvre principalement pour la consommation nationale. Tiviski s’approvisionne en lait auprès de bergers semi-nomades vivant d’élevage de subsistance, permettant à ces derniers de tirer des revenus de leurs troupeaux. La commercialisation du lait frais de chamelle et d’autres produits laitiers au détriment des produits importés d’Europe a contribué à l’amélioration de l’économie mauritanienne.

Le contexte mauritanien
La Mauritanie est un pays recouvert presque entièrement de déserts arides, et la grande majorité des trois millions d’habitants sont des bergers nomades ou semi-nomades gardant chameaux, moutons, chèvres ou vaches. Après son indépendance de la France en 1960, la Mauritanie a subi plusieurs grandes sécheresses entre 1970 et 1979. Pendant cette période, la capitale Nouakchott a vu sa population passer de 100 000 à près d’un million d’habitants, la vie d’élevage de subsistance devenant de plus en plus précaire. Le déplacement de la population des zones de pâture traditionnelle vers les centres urbains n’a pas été associé à une hausse significative des secteurs manufacturiers et autres activités économiques dans les villes.

Dans un pays du Sahel tel que la Mauritanie, l’élevage de troupeaux est essentiellement une activité nomade. C’est particulièrement vrai pour l’élevage des chameaux, qui peuvent se nourrir sur des pâtures peu denses et couvrir des distances plus longues que les autres animaux. La densité des troupeaux est relativement faible, étant donné l’éparpillement et le nombre limité des zones de pâture dans les déserts.

Il n’y a pas de fermes ni de clôtures dans le pays et, avant la création de Tiviski, il n’existait aucun équipement de traite ni d’infrastructures de stockage du lait frais.

Bien que les familles nomades boivent traditionnellement le lait de leurs chameaux et des autres animaux d’élevage, on ne trouvait pas de lait frais en contenants ni de produits laitiers transformés dans les épiceries et petits magasins de Nouakchott avant l’arrivée de Tiviski sur le marché. Les seuls produits commercialisés étaient alors le lait en poudre ou le lait ultra haute température (UHT) importés principalement d’Europe. Les Mauritaniens consommant en moyenne un demi-litre de lait par personne et par jour, la population urbaine croissante était obligée d’acheter du lait importé quand elle ne pouvait se le procurer auprès d’amis éleveurs.

La vision de Nancy Abeiderrahmane
À la fin des années 1960, Nancy Abeiderrahmane, qui a grandi dans un milieu britannique, étudie en Espagne et effectue des recherches sur la Mauritanie. Elle y déménage finalement en 1970 avec son mari mauritanien. Au fil des ans, ils vont avoir deux fils et deux filles. Dans les premières années, Nancy vit dans les quartiers populaires de la capitale Nouakchott.

L’idée de monter une entreprise de production de lait prend forme lorsqu’elle visite une petite manufacture laitière en Europe en 1985. Elle voit immédiatement la possibilité de transformer le lait à Nouakchott où la vente du lait de chamelle se fait de porte en porte dans des conditions primitives et peu sanitaires. Abeiderrahmane veut donc mettre sur pied sa petite affaire en Mauritanie, mais n’a pas les ressources financières nécessaires. Elle prépare une étude de faisabilité et essaie de vendre son idée. Cependant, ses premières tentatives pour collecter des fonds sont infructueuses. Elle persiste néanmoins et obtient finalement un prêt de la Caisse française de coopération économique (CFCE) d’un million de francs français (environ 150 000 euros).
Tiviski
Rejetant l’approche d’importation de produits laitiers européens, Tiviski choisit de transformer localement du lait frais de chamelle en 1989, du lait de vache en 1990 et enfin, en 1998, du lait de chèvre . La production de Tiviski commence donc avec le lait frais de chamelle pasteurisé. Avec le temps, la gamme de produits s’élargit à plus d’une vingtaine de produits (fig. 1). Cette diversification vise à offrir des produits laitiers pour différents créneaux commerciaux. En avril 2002, Tiviski ouvre une usine UHT pour absorber les surplus saisonniers de lait de vache.

Figure 1 Produits laitiers de Tiviski.
Tiviski – lait frais de chamelle pasteurisé, 1/2 litre
El Badia – lait frais de vache pasteurisé, 1/2 litre
El Medina – mélange de laits frais de chamelle et de vache pasteurisés, 1/2 litre
El Khaima – lait de chèvre de culture, 1/4 de litre
Les Saisons – mélange de lait de vache de culture et de jus de fruits, 1/4 de litre
Chèv-lait – lait de chèvre de culture, 1/4 de litre
Cham’lait – lait de chamelle de culture, 1/4 de litre
L’Oasis – crème sûre, 10 cl et 20 cl
Tamourt – fromage frais nature, 10 cl
Yoghourt – nature et sept saveurs, 12 cl
Butter Caravane – fromage de chamelle
Ice cream – petites quantités
Dounia – lait de vache 100 % UHT, 3,5 % M.G.
El Baraka – lait de vache 100 % UHT, 3,5 % M.G. (30 % frais, 70 % poudre de lait)

Les défis à relever
Au moment du démarrage de ses activités, Tiviski fait face à plusieurs défis propres au contexte mauritanien : la collecte du lait et sa distribution, l’absence d’organisation du secteur, les perceptions des fournisseurs et clients, et le manque de compétences locales en gestion d’entreprise.

Le premier défi majeur que doit relever Tiviski est la collecte du lait. À cause des conditions climatiques très sèches et de l’éparpillement des pâturages, le rendement laitier des troupeaux est faible. Même si une chamelle mauritanienne très productive peut fournir jusqu’à neuf ou dix litres de lait par jour, la production moyenne par chamelle est d’environ 3 à 3,5 litres par jour . La production de lait au kilomètre carré est donc peu élevée. De plus, le lait doit être collecté auprès de bergers qui ont un mode de vie nomade ou semi-nomade. Outre la nature éparse des pâturages, la faible productivité est due à la quasi-absence de gestion des ressources naturelles dans la mesure où il n’existe pas de programme national pour entretenir et développer les zones de pâturage.

Le deuxième défi est la distribution et la vente des produits. Il faut un marché suffisamment large pour profiter des économies d’échelle liées à la collecte et à la transformation du lait. Pour distribuer le lait en ville, les produits doivent être emballés, ce qui demande une pasteurisation et une réfrigération dans des équipements modernes.

Le troisième défi de Tiviski est l’absence d’organisation du secteur des produits laitiers en Mauritanie. Le lait frais est traditionnellement offert aux voisins ou vendu dans des conditions d’hygiène incertaines sans réfrigération. Il n’y a pas de réglementation gouvernementale pour la production de lait. Cependant, au sein du ministère du Commerce, on entreprend des efforts pour organiser et appuyer l’industrie . Par ailleurs, les producteurs de lait sont éparpillés sur le territoire et il n’y a pas vraiment de service vétérinaire ni d’autres services pour les animaux d’élevage.

Le quatrième défi est le manque de compétences et de services commerciaux. Bien que les Mauritaniens soient naturellement de bons vendeurs, ils ont généralement peu d’expérience en gestion d’entreprise. Le taux d’analphabétisme approche les 80 %. De plus, les banques sont mal organisées pour soutenir le secteur privé et il y a un manque général de structures administratives et financières.

Le cinquième défi de Tiviski est de s’occuper des traditions et croyances associées à la vente du lait. Il s’agit de rompre avec un dogme social traditionnel, selon lequel la vente du lait ne serait que l’affaire des plus pauvres et des démunis. En même temps, Tiviski doit convaincre certains citadins qu’il est parfaitement acceptable sur le plan social de consommer des produits laitiers locaux.

En plus de ces défis, Tiviski fait face aux mêmes obstacles que tous les autres acteurs du pays : un climat désertique hostile avec des sécheresses parfois extrêmement longues et un manque général d’infrastructures de transport.

Le modèle d’affaires
Les produits laitiers
Le modèle d’affaires de Nancy Abeiderrahmane lui permet de surmonter ces défis de différentes manières. Elle construit son entreprise avec deux unités de production : une unité de pasteurisation et, plus récemment, une usine UHT, conçue pour absorber la surproduction de lait au cours de la saison des pluies.

Une des usines de production de Tiviski.

L’investissement cumulé dans les deux usines représente environ quatre millions d’euros (un million d’euros pour la croissance graduelle de l’usine d’origine, et trois millions d’euros pour construire l’usine UHT). L’usine UHT requiert un prêt de deux millions d’euros dont 500 000 € de Proparco , 500 000 € de l’International Finance Corporation et 1 000 000 € de GBM, une banque locale (garantis par une ligne de crédit de la Banque européenne d’investissement). Le dernier million d’euros provient des fonds propres de Tiviski.

Outre la création de plus de 200 emplois directs (occupés à 100 % par des Mauritaniens), l’entreprise a contribué à fournir des revenus de subsistance pour un millier de familles de bergers, producteurs traditionnels de lait, fermiers, transporteurs et fournisseurs d’alimentation pour les animaux . Dans les régions de Trarza et de Brakna, des emplois indirects liés à la collecte du lait ont aussi été créés. De plus, les bergers construisent maintenant des maisons dans de petits villages, donnant du travail au secteur de la construction.

Centres de collecte
Le lait est collecté dans trois centres : un premier à l’usine de Nouakchott, un à Rosso (à 200 km de Nouakchott) et un à Boghé (à 320 km de Nouakchott – annexe A). Tous les centres de collecte sont équipés de balances, d’équipements de refroidissement rapide et de citernes d’entreposage frigorifique.

Tiviski achète le lait avec deux exigences de base : le lait doit être frais et propre, et il ne doit pas contenir d’eau. Elle paie le lait à un prix fixe à la porte de l’usine ou au centre de collecte, ce qui signifie que les coûts de transport sont à la charge du fournisseur.

Certains producteurs apportent eux-mêmes leur lait aux centres de collecte; d’autres s’appuient sur des transporteurs. Deux fois par jour, dans un rayon de 75 à 100 km autour des centres, le lait est collecté dans des bidons en alliage d’aluminium ou d’autres contenants appropriés dans les camps de bergers ou dans les villages, puis est transporté par camion ou à dos d’âne jusqu’aux établissements de Tiviski.

Le nombre de producteurs livrant leur lait aux centres varie entre 600 et 1 000 selon la saison et les migrations. Chaque producteur apporte entre 1 et 250 litres par voyage. Les contenants de lait sont lavés et désinfectés par Tiviski dans ses centres avant d’être rendus aux fournisseurs.

Le lait est ensuite contrôlé, afin de tester sa fraîcheur et sa qualité (présence d’eau), pesé, refroidi et stocké. S’il est collecté dans l’un des deux centres satellites, il est acheminé à Nouakchott une fois par jour par camion frigorifique.

Le prix que Tiviski paie pour le lait de ses fournisseurs est d’environ 155 UM (Ouguiya, la monnaie nationale ou 0,57 $ US ) le litre. Le prix au détail du lait de Tiviski est de 360 UM (1,33 $ US) le litre en moyenne pour tous les types de lait.

Le paiement des fournisseurs se fait sous forme de bons. On remet les originaux aux fournisseurs et on envoie des copies à Nouakchott pour qu’elles soient enregistrées dans le système informatique. Chaque fournisseur de lait a son propre code numérique. Ce code fournisseur permet à Tiviski de conserver un suivi des transactions et du solde dû. Avant d’émettre un coupon, on déduit du paiement une partie des éventuels petits prêts accordés par Tiviski à ses partenaires pour qu’ils puissent acheter de la nourriture ou des vaccins pour leurs troupeaux. Les fournisseurs possédant un compte en banque peuvent recevoir des paiements directs, et près d’une centaine d’entre eux utilisent ce service. Autour des centres de collecte, les bons de Tiviski sont devenus une véritable monnaie auprès des commerçants. Les utilisateurs de ces bons peuvent aussi les apporter à Nouakchott et les échanger contre de l’argent liquide à l’usine de Tiviski. Ce système est apprécié des producteurs de lait et des commerçants, et témoigne de la relation de confiance bâtie avec Tiviski au fil des années.

Services pour les bergers
Tiviski n’aurait pu être efficiente et croître sans l’amélioration des pratiques d’élevage . En Mauritanie, une saison sèche alterne avec une saison des pluies. Pendant la saison sèche, les éleveurs font face à plusieurs difficultés : manque d’argent au foyer, pénurie de nourriture pour le troupeau et problèmes de santé des bêtes. Mais la saison des pluies comporte également son lot de problèmes : inondations, maladies hydriques et pertes de lait frais dues à la surproduction.

Par l’intermédiaire d’une organisation non gouvernementale, l’Association des producteurs de lait de Tiviski (APLT), créée à l’origine par Tiviski (et aujourd’hui totalement indépendante), on offre des services aux propriétaires de troupeaux pour les aider à passer au travers des périodes difficiles. L’APLT fournit de la nourriture animale à crédit au meilleur prix possible et déduit ces prêts des paiements pour le lait. L’APLT fournit également des soins vétérinaires, des médicaments pour les animaux et des formations visant à diffuser certaines bonnes pratiques en termes d’alimentation et d’hygiène des animaux. La formation des bergers dans le cadre de l’APLT les aide à comprendre et à optimiser l’alimentation de leur bétail sur l’année. Nancy Abeiderrahmane a fondé cette organisation lorsqu’elle s’est rendu compte qu’il n’existait dans les villages pauvres aucun moyen pour les bergers de fournir une bonne alimentation et des soins médicaux adéquats aux animaux. Les fournisseurs croient en l’APLT et appuient les idées de l’organisation. Grâce à son action, les pertes de bêtes liées aux maladies ont fortement diminué et les connaissances en nutrition et en santé animales se sont développées.

Distribution
À Nouakchott, Tiviski distribue ses produits dans une partie des milliers de petites épiceries ainsi que dans les deux grands supermarchés du centre-ville. Les gérants de ces supermarchés confirment que le lait de Tiviski est de grande qualité et hautement apprécié par les clients.

Exporter : défis et possibilités
Depuis un certain nombre d’années, Tiviski cherche un autre canal de distribution : l’exportation sur le marché européen de produits spécialisés comme le fromage de chamelle.

Caravane – Fromage de chamelle de Tiviski.
Traditionnellement, dans le désert chaud et aride, le lait est conservé par déshydratation et non en faisant du fromage, dont la fabrication requiert des installations fraîches et humides. Le lait de chamelle ne caille pas naturellement. Aussi, dans les années 1990, Tiviski a-t-elle travaillé au développement d’un procédé de fabrication du fromage de chamelle (qui est similaire au brie ou au camembert). La FAO (Food and Agriculture Organization) a octroyé à Tiviski un prêt de « coopération technique » de 150 000 $ US en 1994 pour mener des expériences de fabrication de fromage de chamelle. Cette fabrication est complexe. Une température de pasteurisation trop élevée ou trop faible, un mauvais dosage du levain, des enzymes ou du sel peuvent en effet fortement altérer la qualité du fromage. Tiviski est devenue experte dans la maîtrise de ce procédé de fabrication très délicat et vend actuellement une petite quantité de ce fromage (60 kg par mois) à Nouakchott.

Reste que le marché mauritanien du fromage est assez limité. La perspective de vendre un fromage unique, intéressant et donc à prix fort sur le marché européen a constitué une perspective alléchante pendant une certaine période. Malheureusement, au moment où Tiviski explorait cette possibilité, un certain nombre d’obstacles posés par la législation européenne a émergé et Tiviski travaille toujours à les surmonter :
• Le lait de chamelle n’est pas inclus dans la réglementation européenne sur les importations de produits laitiers. Certains progrès ont été faits sur ce sujet : l’annexe insérée en 1995 dans la décision de l’Union européenne donne mandat au directeur général d’adopter les réglementations pour les laits produits par des espèces non européennes;
• Les inspecteurs sanitaires européens sont également préoccupés par le problème de la fièvre aphteuse qui est encore présente en Mauritanie, si bien que les exportations de produits laitiers du pays vers l’Europe sont toujours interdites.

Même si la Mauritanie était incluse dans la liste des pays autorisés à exporter des produits laitiers vers l’Europe, elle ne dispose pas encore d’un laboratoire national accrédité et certifié par Bruxelles pour tester les fromages. Cependant, l’espoir demeure qu’avec le travail de la délégation de l’Union européenne à Nouakchott, des standards de qualité soient élaborés et qu’une institution officielle d’assurance qualité agisse comme entité de certification.
Impacts en termes de développement
Tiviski a eu de nombreux impacts positifs sur les populations défavorisées, l’environnement naturel et l’économie en Mauritanie.
De meilleures conditions de vie
Tiviski a permis aux nomades pauvres de tirer un revenu de leurs troupeaux qui, jusque-là, ne leur servaient qu’à assurer leur subsistance. Nancy Abeiderrahmane a amené les Mauritaniens à voir leurs animaux d’élevage « comme une activité économique et non plus seulement comme un mode de vie transmis de père en fils ». De plus en plus de bergers conçoivent désormais la production de lait comme une source de revenus et sont plus enclins à améliorer leurs pratiques d’élevage et leurs normes d’hygiène. Les bergers ne sont plus contraints de vendre quelques chameaux pour adopter un mode de vie plus sédentaire. Au contraire, ils peuvent maintenant garder leurs chameaux et maintenir leurs traditions, car ces animaux sont considérés comme un capital de valeur. De plus, grâce aux services vétérinaires et de nutrition de l’APLT, les bergers perdent moins de bêtes.

Une meilleure santé pour les citadins
La commercialisation du lait de chamelle, aliment de base des gens du désert, a amélioré la santé au sein de la population urbaine. En remplaçant la production traditionnelle de lait par des méthodes modernes, les produits Tiviski ont contribué à réduire la transmission de maladies comme la salmonellose et la tuberculose, deux maladies communément transmises par le lait. En améliorant la santé de la population, Tiviski a aidé à accroître la qualité de vie en Mauritanie.

Préservation de la richesse culturelle
Selon Tiviski, la préservation de la culture nomade ne peut se faire qu’en améliorant les conditions de vie des bergers et de leurs troupeaux. Les nomades voient généralement le désert comme le lieu où jouir des plaisirs de la vie : une tente, des chameaux et la beauté de l’environnement naturel, au contraire de la ville.

Pour les Mauritaniens qui peuvent s’en procurer, le lait de chamelle leur rappelle leur culture. Chaque famille en ville possède une tente et beaucoup aiment organiser des fêtes dans le désert au cours desquelles on boit du lait de chamelle.
Préservation de l’environnement naturel
Le maintien du mode de vie nomade des bergers grâce à Tiviski favorise la préservation de l’écosystème du désert. En effet, plusieurs graines ne peuvent germer qu’après être passées dans le système digestif des animaux qui paissent. L’élevage est aussi le seul moyen de tirer profit des zones de pâturage.
Catalyseur du développement d’une industrie nationale des produits laitiers
Tiviski signifie « printemps » dans la langue locale, un nom prédestiné pour son rôle dans l’industrie. Tiviski a conduit à l’émergence et à la croissance d’une industrie nationale en étant un point de référence pour les futurs investissements en capitaux et en prouvant qu’il était possible à la fois d’attirer des investissements et de substituer des produits locaux aux produits importés au prix fort.

Possibilités de réplication et de diffusion du modèle
Les produits de Tiviski ne sont pas encore exportés à l’échelle régionale bien que des études soient en cours. Le modèle d’affaires de Tiviski semble en effet pouvoir être imité dans les pays voisins (Algérie, Maroc, Sénégal, Mali) ou avec des contextes similaires (Tunisie, Égypte, Tchad, Émirats arabes unis, etc.). Cependant certains aspects doivent être rappelés :
• La Mauritanie avait une industrie laitière sous-développée;
• Les producteurs de lait mauritaniens ont accepté la nécessité de s’organiser selon les besoins de
Tiviski;
• Les industries de produits laitiers dans les autres pays doivent composer avec des contextes particuliers, notamment sur le plan réglementaire.

Par ailleurs, la duplication du modèle de Tiviski dans d’autres pays du Sahel dépendra d’éléments liés à l’existence de zones de pâture et aux technologies du lait. Pour l’instant, Nancy Abeiderrahmane pense que la meilleure stratégie pour son entreprise est de continuer à se consolider et à croître en Mauritanie.

Conclusion
Les produits laitiers Tiviski ont connu un grand succès au cours des 20 dernières années et l’entreprise est devenue le premier fabricant de produits à base de lait de chamelle en Afrique et le second au monde. Pour ses efforts pionniers, Nancy Abeiderrahmane a reçu l’Ordre national du Mérite en Mauritanie ainsi que le prix Rolex pour l’esprit d’entreprise. Les principales innovations de Tiviski incluent :
• La substitution des produits laitiers importés d’Europe par des produits locaux de qualité à base de lait de vache, de chamelle et de chèvre;
• La modernisation des infrastructures et la production d’une gamme élargie de produits laitiers (yogourt, beurre et fromage) dans des conditions extrêmement difficiles;
• Le rassemblement des bergers isolés autour d’un organisme d’affaires structuré;
• L’intégration des bergers semi-nomades dans la chaîne d’approvisionnement et leur accès à des revenus et à des services pour leurs animaux;
• La conservation par les bergers de leurs chameaux, signe culturel important, dans un contexte de sédentarisation et d’urbanisation croissantes.

Pendant des siècles, les chameaux ont été essentiels pour la survie des hommes dans les zones arides. Avec le changement climatique et la désertification, il y a un intérêt renouvelé pour le formidable potentiel économique de ces animaux aux grandes capacités d’adaptation. Par ailleurs, le modèle de Tiviski est d’autant plus attrayant qu’il peut générer des revenus réguliers pour les bergers et remplacer des produits laitiers importés par des produits de même nature, mais locaux.
Sources
Entrevue avec Nancy Abeiderrahmane, Fondatrice et directrice générale, Tiviski. Novembre 2006.
Afrol News. Mars 2006. “Camel chocolate? Mauritania finds new dairy produce.” Disponible sur : www.afrol.com/articles/18541.
Bransten, Jeremy. Avril 2006. “World: The Overlooked Resource of Camel Milk.” Radio Free Europe. Disponible sur : www.rferl.org/features/features_Article.aspx?m=04&y=2006&id=547084F2-BC6....
Rolex Awards for Enterprise. 2006. “Laureate: Nancy Abeiderrahmane.” Disponible sur : www.rolexawards.com/laureates/laureate-2-abeiderrahmane.html.
Tiviski. A Dairy in the Desert. www.tiviski.com.
Tiviski. Liste des produits. Disponible sur : www.tiviski.com/produits.html.
Photographies fournies par Tiviski.